La phénoménologie est une science libérale qui permet à chacun de s’exprimer. C’est une philosophie qui évite les conclusions faciles de la métaphysique. Elle est une philosophie d’ouverture qui permet de rechercher l’essence des choses. Elle analyse l’acte de la conscience où un phénomène nous est donné : c’est une sorte de description réflexive[1]. C’est aussi une étude des phénomènes ou un ensemble de phénomènes[2]. La phénoménologie a été initiée par Edmund Husserl, philosophe Allemand né 1859 à Prosznitz en Moravie d’une famille juive libérale, et s’engage dans des études scientifiques à Berlin, puis à Vienne. Il fait ses études primaires à Viennes et Olmutz de 1869 à 1876. Il s’inscrit pour la première fois à l’université de Leipzig de 1876 à1878, puis à Berlin de 1876 à 1881. Il s’inscrit à Vienne en année de doctorat et c’est à Berlin qu’il va obtenir son doctorat  sur le calcul des variations en 1883. Il décède en 1938. Le but de Husserl était de devenir astronome, mais sous l’influence de deux grandes figures, il va abandonner son projet et constituer la phénoménologie. Abandonné son rêve au profit d’autre réalité relève d’une grande influence. Face à ce changement, on est curieux de se demander, comment le mathématicien Karl Weierstrass et le psychologue Franz Brentano ont-ils conduit Edmund Husserl à la phénoménologie ? En d’autres termes, quels rôles ont-ils joué dans la genèse de la phénoménologie chez Edmund Husserl ? Cette interrogation nous conduit à trois autres qui feront l’objet de notre analyse : quel a été l’influence de Weierstrass sur Husserl ? Comment Brentano va-t-il lui aussi agir sur Husserl ? Et en quoi la phénoménologie soit le fruit de l’influence des deux grands maîtres ?   

 

            Dans la conception de sa phénoménologie, Edmund Husserl va être influencé par deux grands maîtres qui sont Weierstrass et Brentano. Karl Weierstrass était mathématicien et Franz Brentano était psychologue. Dans un premier temps, Weierstrass fut un mentor pour Husserl dans les mathématiques. En effet, la formation essentielle de Husserl fut les mathématiques. Il croise à Berlin trois grands mathématiciens qui sont Léopold Kronecker, Eduard Kummer et particulièrement Weierstrass. Les relations personnelles entre Husserl et Weierstrass vont conduire Husserl à abandonner son projet  de faire l’astronomie. Husserl sera l’assistant de Weierstrass de 1882 à 1883. Il va le conduire à la recherche des fondements mathématiques. Et l’influence de Weierstrass va pousser Husserl à la décision de poursuivre les mathématiques comme carrière. C’est avec plein d’enthousiasme qu’il suit les cours de son maître.

            En réaction à la psychologisation kantienne des mathématiques populaires parmi ses contemporains, Weierstrass était la prédication de l’arithmétisation de l’analyse, la fondation rigoureuse d’analyse pure sur la base des nombres entiers positifs. Weierstrass était célèbre pour l’enseignement qu’une fois que l’on avait ainsi compris la notion du nombre entier, l’arithmétique n’avait pas besoin de principes, mais pourrait être construite de façon logique. La rencontre avec Weierstrass a eu un effet profond et durable sur Husserl. Car c’est à partir de Weierstrass que Husserl acquis la philosophie de ses efforts intellectuels. Grâce à Weierstrass il est devenu un mathématicien de haut niveau, il porte sa réflexion sur les fondements mathématiques où il est conduit à mettre en premier plan la notion de nombre et l’analyse du concept de nombre. Pour Weierstrass, le nombre est le résultat d’une opération mentale, l’acte de numération, l’opération par lequel nous sélectionnons dans le donné des choses qui ont un trait commun et que par l’imagination, nous rendons homogènes. Aussi,  aucune théorie des nombres ne peut pas être achevée sans la définition logique et rigoureuse des nombres réels. Selon lui, ces nombres sont une fraction décimale infinie qui se manifeste sous la forme d’un nombre irrationnel, c’est-à-dire comme une infinité non définie. La valeur de cette abstraction consiste à montrer que l’infini réside dans l’objet de façon originaire.

 Ainsi,  sur le concept de nombre, en bon élève de Karl Weierstrass, Husserl avait développé la thèse selon laquelle toutes « les formations plus compliquées et plus artificielles qu’on appelle également nombres, les nombres fractionnaires et irrationnels, les nombres négatifs et complexes, ont leur origine et leur point d’appui dans les concepts élémentaires de nombre et dans les relations qui les joignent ».

Après une courte période pendant laquelle il travaille en tant qu’assistant de Weierstrass et suite à une année de service militaire volontaire, Husserl retourne à Vienne en 1884. Il commence à étudier la philosophie avec Brentano, qui aura sur lui une grande influence. Bien que Husserl avait manifesté peu d'intérêt pour la philosophie au cours de son séjour à Berlin, il est devenu le sujet mineur pour son doctorat en mathématiques à Vienne Pendant ce temps, quand son intérêt pour la philosophie a été de plus en plus vive, il se demandait s’il faut faire des mathématiques ou de la philosophie le travail de sa vie. Husserl a commencé à fréquenter les cours du philosophe Franz Brentano.

Dans un second temps, Husserl revient donc à Vienne en 1884, ce qui marque un tournant dans sa vocation, puisque c'est à partir de là que l'on peut situer sa première conversion, celle qui le conduit à envisager non plus une carrière de mathématicien, mais de philosophe, c'est le temps d'une rencontre décisive avec Brentano à la fois sur le plan intellectuel et personnel. Il nouera des relations très proches avec sa femme et lui, il sera reçu dans leur foyer, passera des vacances d'été avec eux et considérera Brentano comme un père. Husserl allait suivre les cours de Brentano, mais il les suivait par simple curiosité. A un moment donné, ces cours ont été finalement les facteurs décisifs qui l’encouragent à se consacrer entièrement à la philosophie. L'homme en qui Weierstrass avait éveillé un intérêt dans la recherche de bases radicales pour la connaissance a été impressionné par  la claire et rigoureuse analyse philosophique de Brentano. Pour Husserl, Brentano était quelqu'un entièrement consacré à l'idéal austère d'une science philosophique stricte, et méthodique. Il s’efforçait constamment de satisfaire les plus hautes exigences d'une rigueur presque mathématique. C’est avec Brentano que Husserl a reconnu, qu'il a acquis la conviction que la philosophie "était une discipline sérieuse qui pourrait et doit être traitée dans l'esprit de la plus stricte science.

            Brentano a une formation philosophique aristotélicienne et scolastique et une formation théologique puisqu'il a été ordonné prêtre en 1864 à Graz où il rentre dans un couvent de dominicain. En 1866 et pour sept ans, il devient Doyen à l'université de Würzburg. Au passage, il est intéressant de noter que c'est dans cette période, à Würzburg, que Stumpf  dirigera la thèse d'habilitation de Husserl à la demande de Brentano, il devient son élève pour une première année (1866-1867), puis deux ans de plus de 1868 à 1870. On verra que Stumpf aussi a été très influencé par Brentano du point de vue de la méthodologie d'une psychologie descriptive basée sur des données en première personne à partir de l'expérience subjective. Les deux personnes qui auront guidé Husserl dans sa nouvelle vocation partagent les mêmes bases méthodologiques.

Brentano a une forte personnalité et crée un réseau de relation très puissant, comparable à l'école néo-kantienne de Madbourg. Il est reconnu comme le leader intellectuel de l'aile libérale de l'église catholique dans son pays. Sa recherche d'une cohérence personnelle, va le conduire à se battre contre le dogme de l'infaillibilité pontificale dont il publiera en 1869 une réfutation. Quand ce dogme est accepté par l'église en 1872, alors même qu'il vient d'être promu professeur extraordinaire (le grade universitaire qui précède le plus élevé : professeur ordinaire), il décide de démissionner de son poste (en 1873) puisqu'il est payé comme prêtre et qu'il est en conflit intellectuel avec l'église, dans la même cohérence il quitte alors l'état sacerdotal. Mais quand plus tard il sera à Vienne et qu'il voudra se marier en 1886, il n'hésitera pas à changer de nationalité, à devenir saxon, au motif qu'à Vienne une catholique ne peut épouser un ancien prêtre. De même en 1915 il quittera sa retraite de Florence pour la Suisse pour la raison qu'il est pacifiste et ne veut pas demeurer dans un pays qui choisit de s'engager dans la guerre.  Il est un exemple pour Husserl.

Brentano, étant un grand philosophe, il est lui aussi convaincu que la philosophie doit devenir une science pour redevenir une philosophie digne de ce nom : c'est la problématique centrale des philosophes du 19e siècle. Aussi,  pour que la philosophie devienne une science, il faut qu'elle se fonde sur un retour à l'expérience et donc sur une psychologie descriptive. Brentano n'enseigne pas une psychologie expérimentale dont il respecte et reconnaît les résultats, mais à laquelle il reproche de trop mettre l'accent sur la méthode en soi au détriment de la question essentielle qui est celle du sens du psychisme. Cependant, il cherche comme tous les novateurs de son époque, une porte de sortir d'un point de vue seulement dogmatique, qui ne produit qu'une psychologie rationnelle basée sur de simples définitions conceptuelles, pour proposer une psychologie dont la référence est l'expérience et qu'il appelle une «psychologie empirique». Cette psychologie empirique en tant que psychologie descriptive se retrouvera bien sûr dans les premiers travaux d'Husserl en philosophie des mathématiques (Husserl 1891,1972). Si cette psychologie empirique ne s'astreint pas à la méthode expérimentale, elle donne une autorité totale à l'expérience. Il lui suffit d'une expérience cruciale, il suffit de proposer au lecteur une expérience pour qu'il puisse se former son propre point de vue et se convaincre de la justesse des arguments et des descriptions, le lecteur est invité à vérifier dans son propre vécu, et par ses propres analyses de ces vécus. Cette psychologie est donc fondée sur la mise en œuvre de la perception interne  et postule la possibilité d'une analyse purement descriptive du phénomène de conscience. Et même la possibilité d'accéder à une analyse des origines des phénomènes psychiques étudiés, à la donnée originaire qui se donne directement au philosophe. C'est exactement le programme de recherche et la méthode mise en œuvre par Husserl dans ses recherches sur l'origine du concept de nombre. On pourrait résumer le projet de Brentano en deux parties : d’une part, il conçoit la philosophie comme une discipline qui doit devenir scientifique, d’autre part, cette philosophie se développe et se fonde par une référence aux vécus eux-mêmes, auxquels on peut accéder en toute certitude et validité directement par la perception interne, et s'il y a bien référence à l'expérience, elle n'est là que comme expérience cruciale de fondement, pas pour alimenter une induction statistique ou le recueil d'une multiplicité de mesures dans le style de l'école de Wundt.

Brentano a familiarisé Husserl avec l’exigence d’une approche radicale en logique. Brentano attendait que des reformes soient entreprises dans la logique élémentaire c’est-à-dire celle d’Aristote et il montra quelques brins de cette réforme dans sa psychologie du point de vue empirique. De même que pour Brentano la logique devait commencer par une étude des expressions et des significations, de même Husserl était convaincu que s’était la meilleure voie d’approche quand il commença la rédaction des recherches logiques c’est-à-dire dans la période de 1900- 1901. Husserl hérita de Brentano la conception selon laquelle nos idées sont au fondement de nos jugements. Et ce fut l’un des principaux facteurs de sa chute dans le psychologisme dont il dut se défaire  après. La doctrine des propositions existentielles  que conserva Brentano en raison de ses convictions réalistes antérieures rencontra chez Husserl une prédisposition favorable. Dans ses dernières années, Husserl s’employa à affirmer cette doctrine du point de vue extensif. Par exemple, on en trouve des traces dans sa conception de la logique comme ontologie formelle. La logique formelle est celle qui ne s’occupe que des formes ; elle s’oppose à l’ontologie matérielle. En raison de sa formation antérieure de mathématicien, Husserl adopta facilement la théorie de Brentano selon laquelle il existe une intime relation entre logique et théorie de la science ; il fut conduit par Brentano à l’appréciation des doctrines de Bolzano sur la question de la théorie de la science par la logique.

            C’est à partir des travaux sur les fondements des mathématique, et des difficultés rencontrée dans l’élaboration de sa philosophie de l’arithmétique, que Husserl se trouve conduit, comme par une nécessité intérieure, au projet de recherches logiques de 1901, et mis sur le chemin de la méthode, puis de la philosophie, la phénoménologie. Cette orientation de la pensée de Husserl est due aux connaissances acquises en mathématiques et en psychologie.  Après s’être approprié les connaissances de ses maîtres, il prend un recule péritiatique pour faire sortir à travers ses connaissances une science rigoureuse qui est appelée la phénoménologie. Qu’est-ce que la phénoménologie ?

Husserl s’est efforcé de fonder la philosophie « comme science rigoureuse », à un moment historique où domine le positivisme. Husserl s'est efforcé de fonder la philosophie comme science rigoureuse ; à un moment historique où domine le positivisme, qui écarte tout ce qui ne relève pas de données scientifiques, Husserl veut restaurer une connaissance authentique, reposant sur la raison universelle mise au jour par les Grecs, en ce temps où s'accomplissait un intérêt pur pour le savoir désintéressé, pour la philosophie. La phénoménologie désigne une étude des phénomènes
ou d'un ensemble de phénomènes. Il s'agit, pour Husserl, de revenir aux choses mêmes, de décrire ce qui apparaît et, pour ce faire, d'édifier une science des essences, sans lesquelles la réflexion serait impossible. La philosophie de Husserl représente, en effet, une doctrine des essences: la véritable connaissance est vision de formes absolues qui permettenT l'exercice de la pensée et sans lesquelles les choses ne seraient-pas ce qu'elles sont. Ces essences sont indépendantes des particularités. La méthode phénoménologique consiste à faire apparaitre les Lois fondamentales liées aux essences, de manière à .parvenir à une vision de ces dernières, et ce au terme d'une réduction eidétique, éliminant les éléments empiriques du donné concret pour ne retenir que la pure essence universelle. Si nous voulons comprendre l'émotion, l'imagination, le désir, la passion, etc., nous devons nous référer à ces essences, qu’ils orientent la réflexion et guident la théorie. Toutefois, à la différence de la philosophie platonicienne, le phénomène est manifestation parfaite de l'essence.

Dans la découverte de l’intentionnalité, il semble que l’intérêt de Husserl s’oriente de plus en plus vers la philosophie, et en l’occurrence vers la psychologie. C’est pourquoi on est peu surpris de trouver sous sa plume dans le deuxième tome des Recherches logiques, après un premier tome consacré notamment à l’objectivité des formes logiques, des considérations qui redonnent à la subjectivité son rôle et sa place. C’est ici que se fait sentir l’influence de Brentano dont la remarque-clé jouera un si grand rôle pour l’élaboration philosophique de Husserl : la conscience est toujours conscience dequelque chose, c’est-à-dire est toujours conscience intentionnelle. Avec cette découverte, l’entrée de Husserl en philosophie est consommée.  « Le mot intentionnalité ne signifie rien d’autre que cette particularité foncière et générale qu’a la conscience d’être conscience dequelque chose. » Par cette prise de conscience, Husserl s’achemine vers la formulation d’une philosophie nouvelle. L’intentionnalité est cette opération qui porte la conscience vers son objet, lequel, dès lors, advient littéralement comme sens pour elle. La visée intentionnelle de la conscience est ce qui annule l’idée même d’une opposition du sujet et de l’objet, où ces deux pôles seraient extérieurs l’un à l’autre et existeraient comme indépendamment l’un de l’autre. La conscience est conscience de quelque chose. Cela signifie : la conscience est ouverte sur autre chose qu’elle-même et devient elle-même en se pénétrant de cet autre. Simultanément, cette chose qui est visée (perçue) par la conscience n’acquiert une existence que sous le regard de celle-ci : l’intentionnalité est cet échange interactif continuel de la conscience et du monde, par quoi ce dernier prend sens pour la conscience, et la conscience pour le monde. Nous regardons les branches d’un arbre par la fenêtre. Certes, même si nous ne regardons pas ces branches, elles continueraient bien pourtant, par exemple, à ployer sous les fruits : il y a donc une objectivité des branches, qui sont bel et bien indépendamment de moi et de mon regard. Cependant, tant que nous ne portons pas notre regard sur elles, les branches n’existent pas pour nous, elles ne sont qu’en elles-mêmes. Ainsi, pour le phénoménologue, le niveau d’être de l’objet « branche » en tant que réalité en soi, purement objective, c’est-à-dire sans aucune intervention d’un sujet, n’est que la dimension première et la plus pauvre de la branche. Dès que cette dernière est appréhendée par un sujet, elle apparaît sous mon regard et acquiert un niveau d’être plus complexe. Ce n’est cependant que lorsque la branche m’apparaît certes, mais telle qu’elle est en elle-même, c’est-à-dire quand les deux premiers niveaux d’être, objectif et subjectif, sont conjoints qu’elles adviennent comme proprement phénoménologique. En phénoménologie, l’être égale l’apparaître : seul est ce qui apparaît, et la notion d’apparition, loin de se ramener à l’apparence illusoire, équivaut à l’être même. La phénoménologie, se caractérisant comme un retour aux choses elles-mêmes, se présente comme la description de toutes les choses qui m’apparaissent, non de manière simplement subjective, mais bien telles qu’elles sont en elles-mêmes : cette apparition pour moi de ce qui est tel qu’il est se nomme phénomène, et est l’objet de la phénoménologie. C’est cet acquis fondamental de l’intentionnalité qui constitue la première pierre de l’édifice de la phénoménologie, posée notamment dans les Idées directrices pour une phénoménologie et une philosophie phénoménologique pures, sous l’expression de « corrélation intentionnelle » ou « corrélation noético-noématique ».

Aussi Husserl nous introduit dans la notion de l’intuition. Cette théorie se présente comme une ontologie phénoménologique dont on peut trouver quatre axiomes sur lesquels repose cette théorie. On peut résumer ces axiomes par Le mode  de conscience ou de représentation par lequel nous rentrons en contact avec l’être est un acte d’une structure déterminée et cet acte est l’intuition. C’est l’intentionnalité qui atteint l’être. L’être est le corrélatif de la vie intuitive théorique, l’évidence d’un acte objectivant. On peut bâtir à partir de ces axiomes, des actes qui visent deux objectifs : un objectif théorique et un objectif ontologique. L’assertion fondamentale repose sur une conviction  que Husserl détient de son maitre Brentano « Tout acte de conscience est soit une représentation soit à une représentation pour base ». Brentano distinguait deux catégories de représentations. Il y avait chez lui les représentations présentatives ou intuitions et les représentations représentatives ou significations. De telle sorte que nous ne pouvons pas présenter ou signifier quelque chose en dehors des représentations. Cette sorte de permanence ou de dynamique opération de la représentation a été critiquée par Paul Ricœur d’impérialisme de la représentation.

 

Husserl est sans doute l'un des plus grands philosophes de la modernité, dans la mesure où il est le fondateur d'une manière neuve de faire de la philosophie promise au plus bel avenir : la phénoménologie. La phénoménologie est un retour aux choses mêmes, mais non point aux pures données empiriques : elle retrouve la richesse des essences et de la subjectivité vivante, sans laquelle la nature serait dénuée de sens. Il développe le concept d’intentionnalité et le concept d’intuition. Déjà pour Brentano (1938-1917), tout acte de la conscience est intentionnel : la conscience tend vers un quelque chose, ce dont elle a conscience. C'est en effet lui qui le premier a distingué les phénomènes physiques et les phénomènes psychiques : la spécificité des seconds, c'est justement d'être toujours tendus vers un objet. L’objectif étaitde comprendre comment, dans la diversité de ces modalités, la conscience peut être conscience de quelque chose, c’est l'objet même de la phénoménologie. L’intuition est une idée que l’on a de quelque chose. Husserl s’est inscrit dans un mouvement essentiel de son temps. Il a voulu donner à la philosophie, conçue comme fondement de toutes les sciences, des assises indubitables. Cette recherche de fondements certains a parcouru tout le champ de la connaissance en début du XXe siècle, jusqu’ à ce que son échec en mathématiques mette fin à ce grand projet concernant les bases ultimes du savoir.

 

  

 

BIBLIOGRAPHIE :

 

-          Hersch (Jeanne), Etonnement philosophique, folio essais, pp 392-408.

-         Russ (Jacqueline), Philosophie : Les Auteurs, Les œuvres, Bordas, pp 386-401.

-         Julia(Didier), Dictionnaire de la philosophie, Larousse, Paris cedex 2006.

-         Vermeersch, P. (1998). "La fin du 19éme siècle : introspection expérimentale et phénoménologie." Expliciter(26) 21-27.

-         Dastur (Françoise), Husserl. Des mathématiques à l'histoire, Revue Philosophique de Louvain, Année 1995, Volume 93, Numéro 3 p. 444 – 447.

-          Djibo (Mamadou), Philosophie des Mathématiques, Ottawa, Mai 199.

-         Pr Assalé Dominique, cours de phénoménologie de Husserl, 2011 à UCAO /UUA, faculté de philosophie licence 3.



[1] Etonnement philosophique, Jeanne Hersch, éd folio, pp 400.

[2] Philosophie : les Auteurs, Les Œuvres, Jacqueline Russ, éd Bordas, pp 387.