Peut-on expliquer l’identité africaine par le concept d’authenticité?

 

   L’identité, c’est l’ensemble des éléments permettant d’individualiser quelqu’un[1], en d’autres termes un ensemble d’éléments qui déterminent une personne. L’identité africaine a été la cause de plusieurs débats et colloques  en Afrique, surtout que ce continent a fait l’objet de l’esclavage, de la colonisation et de la guerre. Bon nombre de penseurs ont mené des réflexions sur des preuves incontestables qui pourrons justifier la véracité de l’identité africaine, d’où le concept d’authenticité. L’authenticité peut se définir comme une vérité ou une exactitude qu’on ne peut contester[2] ou nié. Face au brassage occidental et la modernisation, on est tenté de s’interroger : peut-on expliquer l’identité africaine par le concept d’authenticité ? Plus explicitement, par quoi peut-on expliquer l’identité africaine par le concept de l’authenticité ? En quoi l’ouverture à l’occident peut-elle être bénéfique à l’identité africaine?    

               L’Afrique est continent qui contient plusieurs peuples dont une partie noire et une partie blanche(les pays maghrébins) et chaque peuple est défini par sa tradition, sa culture, son histoire. Ainsi,  l’authenticité culturelle est une preuve qui peut justifier l’identité africaine car, l’identité culturelle est un concept anthropologique qui désigne une période historique pendant laquelle une communauté, un peuple se reconnaît par des valeurs précises dans ses pratiques, ses concepts, ses pensées, ses croyances, son art etc. Et lorsqu’on dépouille le peuple africain de l’esclavage, de la colonisation, ce qui lui reste d’une part et qui est authentique c’est sa culture. A travers la culture, nous parlons de tout ce qui peut distinguer un peuple, son histoire, son héritage. Par exemple le peuple sud-africain a une manière propre à lui d’exécuter ses chants avec une synchronie des voix qui est dominé par la basse. Aussi l’instrument surnommé le « vuvuzela » (faire du bruit) qui est une sorte de trompette, qui est utilisé par les supporteurs des équipes de football dans le monde entier est une œuvre authentique qui émane de l’Afrique du sud. D’autre part, son histoire. En effet l’histoire relate le fait que l’Afrique est le berceau de l’humanité d’où elle est à l’ origine des civilisations des peuples. Bon nombre de découvertes et d’inventions font l’objet d’une authenticité qui ne peut être retiré de l’identité africaine, par exemple l’invention de l’écriture en Egypte au IVe millénaire avant notre ère, l’art de bâtir avec la construction des trois grandes pyramides en Egypte etc.

          Aussi est-il que le langage est une preuve authentique de l’identité africaine. En effet, la langue est l’ensemble des codes (monème et phonème) parlés ou écrits propre à une communauté. Le langage permet à l’homme de communiquer, d’échanger, d’exprimer ses émotions. Le constat est que le continent africain regorge d’une multiplicité de langue. La langue est le véhicule d’une civilisation propre à l’africain. Aussi,  l’Afrique a une grande partie de son histoire et sa philosophie qui est transmise de génération en génération par les traditions orale d’où les griots, garant de la conservation des traditions transmises.  La langue fonde l’identité culturelle Ainsi, la langue est le pilier authentique de la culture. Le malien Seydou Badian KOUYATE  disait : « … Par la langue, nous avons ce que le passé nous a laissé comme message et ce que le présent compose pour nous. C’est la langue qui nous lie, et c’est elle qui fonde notre identité. Elle est un élément essentiel et sans la langue il n’y a pas de culture. La langue nous aide à tout interpréter »[3]. Ainsi l’identité africaine peut être définie par une vérité incontestable qui est le langage.

            La recherche de l’identité africaine par le concept de l’authenticité, demeure une activité réflexive qui pousse l’africain à s’afficher, à valoriser ce qui lui est propre. Cependant l’ouverture aux apports venus des occidentaux  peut être  un moyen bénéfique dans la recherche d’une identité africaine.

             L’Afrique est un ensemble de peuples (noir et blanc) et de communautés qui se partagent un passé récent marqué par l’esclavage et la colonisation. Elle  ne saurait donc  se vanter aujourd’hui d’une tradition authentiquement africaine exprimant encore son identité. En effet l’apport occidental à joué un rôle important dans la structuration des Etats africains. Avant l’arrivé des colonisateurs les peuples africains constituaient de petits peuples ou empires repartis de manière disparate sur tout le continent et chaque peuple avait son langage et sa culture propre d’où la difficulté de communication entre  les peuples. A l’arrivé des colonisateurs surtout dans l’Afrique noir, les peuples fut rassemblé en colonie avec une unité de langue, puis en Etat. La création des écoles, l’étude de la connaissance occidentale, l’appropriation des savoirs, seront des facteurs qui permettront aux peuples africains de rester dans la dynamique de la modernité. Ici, parler d’une identité propre, authentique à l’africain sans  parler du colonisateur, se serait faire une restriction de la pensé car depuis l’esclavage et la colonisation, la culture occidentale s’est introduite dans nos mœurs et notre vécu quotidien en d’autres termes l’enracinement de la culture occidentale dans la culture africaine.

            Au niveau philosophique, affirmer le fait qu’il existe une philosophie africaine  engendré typiquement par les africains sans fait recours au brassage occidental constituerait une insuffisance  dans la recherche de la vérité. En effet la philosophie est une réflexion de la civilisation hellénistique qui a trouvé son envole par le sacrifice de Socrate. Son disciple Platon eu le temps de consigner les pensées de son maître dans des manuscrits afin d’enseigner les générations  avenir. Cette idée de mettre par écrit les savoir permettra aux africains d’avoir une source authentique de la connaissance. Par le brassage occidental, l’identité africaine peut être valorisée dans la modernité en acquérant des connaissances qui lui échappent. La modernité occidentale peut aider l’identité africaine à s’émancipé en se mettant au même niveau de connaissance et rendre plus facile et explicite l’authenticité du savoir africain dans la pratique, les débats et dans l’enseignement.

             Au terme de notre analyse nous avons montré d’une part que l’on peut expliquer l’identité africaine par le concept de l’authenticité grâce à son histoire, sa culture et sa langue. Et d’autre part nous avons montré que le brassage occidental peut être une occasion enrichissante dans l’expression de l’identité africaine à travers l’appropriation des savoirs modernes et l’inspiration philosophique occidentale. Pour notre part la recherche d’une identité propre à l’Afrique constituerait un obstacle dans ce monde qui est en perpétuel mouvement. Vouloir à tout prix afficher son identité africaine montre que l’africain est toujours meurtri par l’esclavage et la colonisation. L’africain doit faire un dépassement de sa souffrance et se confondre à la modernité. L’africain peut-il fait l’éloge de son identité authentique en restant sous-développé ?            

      

[1] Identité, définition du dictionnaire Hachette encyclopédique.

[2] Authenticité, définition du dictionnaire Hachette encyclopédique.

[3] Colloque International d’Alger en mi-avril 2002  « LANGUES, CULTURE ET TRADITION » organisé par la Faculté des Lettres et des Langues