Le mythe Du grec  « muthos »,( récit, légende), est un récit fictif relatant en particulier l'origine du monde, et permettant ainsi d'organiser, au sein d'une société, la compréhension du réel et de justifier l'ordre naturel et social du monde. C’est aussi un récit par l’intermédiaire duquel une collectivité transmet de génération en génération ce qu’elle veut garder en mémoire sur ses origines, sur son histoire d’après Brisson. Le terme philosophie serait inventé par le mathématicien grec Pythagore. Il signifie étymologiquement en grec « Philein » qui veut dire aimer et « Sophia » qui veut dire amour de la sagesse. Dans un sens général la philosophie est une réflexion rationnelle sur la vie et sur l’univers. Bien souvent le mythe porte en son sein beaucoup de contradictions non conformes à la démarche rationnelle. Cependant certains philosophes y font usage pour exprimer leurs pensées, ce qui nous pousse à cette interrogation, le mythe a-t-il un  rôle à jouer en philosophie ?  Partant de cette interrogation, en quoi le mythe a-t-il sa place en philosophie ? Par ailleurs ne présente-t-il pas de limite en  philosophie ?

    Le mythe est persuasif, il est un système d’explication de valeurs permettant de guider les actions de l’homme. En effet, il est utile au philosophe, car la philosophie ne s’adresse pas à un petit nombre de gens, elle s’adresse à une multitude de personne quelques soit les cultures, les nationalités, et pour qu’elle puisse s’adresser aisément à tous, il faut une parole qui s’apparente au mythe au sein du discours philosophique. Par exemple Platon fait usage du mythe pour parler de la connaissance du monde dans le Timée, le mythe de la caverne dans la République.  Aussi, le mythe oriente  l’homme vers la  philosophie. En effet, La philosophie provient d’une modification de la pratique du mythe qui va  subir une transmutationen conservant sa structure ce qui va donner naissance à l’argumentation, à la pensée logique. Le mythe est l’origine de Cosmogonie (généalogie du cosmos), théogonie (généalogie des dieux), Anthropogonie (généalogie des hommes).

   Face l’émerveillement des phénomènes qui se présentaient à eux, les philosophes s’efforçaient de donner un sens à ce qu’ils voyaient. Les Présocratiques grecs avaient une philosophie poétique et mythologique, Thalès de Milet, Anaximène, Xénophane par exemple considéraient qu’à l’origine il y avait un principe fondamental source de tout le reste. Pour  Thalès c’étaient les eaux primordiales, pour Anaximène l’air, pour Xénophane la terre. Mais ces interprétations abstraites du monde n’étaient que l’abstraction élémentaire des mythes antérieurs qui faisaient de Zeus le maître du feu et du monde, Hadès le maître de l’air ou Poséidon le maître de l’eau et Gaïa la maîtresse de la terre et la mère originelle. Pour les philosophes de la Physis, la nature était dominée par Nomos, c'est-à-dire par le Loi. Aussi, Les stoïciens, le grec Epictète et le latin Marc Aurèle considéraient mythologiquement le monde avec quatre éléments fondamentaux, la terre, l’air, le feu et l’eau qui étaient animés par un souffle divin appelé le Pneuma. Le mythe permet de conserver les informations même s’il ne donnait pas un raisonnement rationnel, vérifiable aux choses qu’il présente.  Bien vrai que le mythe est une parole récitant les origines, par laquelle les hommes justifient leur présence sur Terre, elle contient cependant en son sein des éléments qui s’opposent à la réflexion rationnelle de la philosophie.

     Le mythe porte en son sein beaucoup de contradictions non conformes à la démarche rationnelle, les faits racontés dans le mythe sont des faits qu’on ne peut vérifier, ni critiquer. En effet la démarche philosophique se veut rationnel, elle suit une méthode de réflexion logique. Aussi le mythe n’a rien à avoir avec la connaissance et l’éthique,  car il est un discours non véritable, sans argumentation  et cohérence. Par exemple L’allégorie de la caverne de Platon  la République est une situation imaginaire racontée au cours d’un dialogue également imaginaire, et ici entre deux personnages: Socrate et Glaucon. Socrate imagine des êtres enchaînés dans une caverne de manière à ne  pouvoir voir que le fond de celle-ci. Ils ont toujours vécu ainsi et n’ont jamais perçu de ce qui se passe plus haut, près de l’entrée, que des ombres projetées et des bruits renvoyé par le mur situé au fond. Et pour eux la « réalité », ou plus exactement leur conscience de la réalité, se réduit à ces ombres bougeant sur le mur et des bruits qui les accompagnent. On est tenté de se demander d’où proviennent les chaines ? Et qui les avaient attachés aux hommes dans la caverne ? Le mythe n’en dit pas plus.

      Aussi le mythe est généralement un récit oral qui se transmet de générations en génération soit par des rituels d’initiation, soit par héritage, c’est en particulier cette conception du mythe qui est utilisé dans la philosophie africaine (cf. Paul Huntondji)   pour conserver l’histoire d’un peuple. Le récit oral ne permet pas d’obtenir une source unique ou l’on pourrait vérifier la véracité du mythe. Or la philosophie porte son raisonnement sur des preuves écrites, laissé par les auteurs. Ces preuves font l’objet d’une critique profonde afin d’être accepté comme connaissance véridique et universelle.  En effet, la philosophie consiste à réfléchir d'une manière rationnelle et critique, en dialoguant avec les autres penseurs, aux différentes dimensions de la vie humaine. La philosophie sert particulièrement à la recherche d'une définition de la "connaissance vraie, de l'action juste et de la beauté". En philosophie, on peut avoir de bons ou de moins bons concepts, de bons ou de moins bons arguments, mais on ne peut pas avoir de preuves irréfutables, car ce n'est pas une science formelle. En tout état de cause, la philosophie est fondamentalement une discipline rationnelle, bien que ses premiers principes ne puissent pas être démontrés. En bref, elle vise à mieux "orienter l’action individuelle et collective." Au point de vue critique, l’être humain est maître de sa pensée. Il pense par lui-même et recherche la vérité d’une manière rationnelle à l’aide d’une affirmation.

           Au terme de notre analyse, nous avons monté d’une part que le mythe à un rôle à jouer en philosophie et d’autre part nous avons fait ressortir les limites du mythe en  philosophie. Pour notre part, le mythe a joué un grand rôle dans l’origine de la philosophie. Parti de l’étonnement, les premiers philosophes ont tenté d’expliquer le monde et ceux, grâce aux mythes. Pa railleurs, la connaissance humaine se voulant plus véridique, a jugé bon de se détacher du mythe pour élever la connaissance dans un domaine plus critique, ce qui a conduit à la philosophie. Cependant, la philosophie est-elle l’unique détentrice de la vérité ?